Vers l’exploitation artisanale de l’héritage taïno à Ravine Sèche

La Fondation Odette Roy Fombrun pour l’Éducation (FORF), en association avec la Fondation Françoise Canez Auguste (FFCA), la Fondation Lise Antoine Saint-Natus (FLASSEF) et l’organisation Volontariat pour l’Intégration et l’Encadrement des Jeunes (VIE Jeunes), interviennent à Ravine Sèche dans le cadre d’un projet de promotion et d’exploitation de l’héritage taïno. Cette première phase concerne la sensibilisation et la formation des résidents à la production artisanale d’inspiration taïno aux fins de réduction de la pauvreté par l’insertion de leur village dans le circuit touristique de la zone des Arcadins. La phase initiale est supportée financièrement par le programme européen pour la Culture à travers le VDH, la COOPI et la Fondation Africamérica.

Le village de Ravine Sèche situé à Bois-Neuf dans le bas Artibonite est une localité où des recherches archéologiques ont été effectuées et où l’héritage taïno est bien documenté. Celui-ci est aussi très présent dans l’esprit des résidents qui ont participé aux recherches et se sont intéressés à cette culture ancienne de l’histoire nationale. Dans ce village très pauvre, les gens vivent dans des conditions précaires. Cependant, récemment leurs habitats ont été considérablement améliorés avec la construction par Food For The Poor de 125 maisons aux couleurs agréables et grâce à l’appui inconditionnel de la famille Saint-Natus. Le village est situé au pied de mornes fort dénudés et près d’un ravin qui parfois est inondé lors de grandes pluies.

La première phase d’initiation à l’exploitation de l’héritage taïno financée par le programme européen pour la Culture (PEC) doit porter les intéressés à exploiter l’une des richesses naturelles de leur zone, dont l’argile, pour produire des articles en poterie, bijouterie, tissage, vannerie,… inspirés de l’art taïno. L’objectif est de fournir aux populations défavorisées de la localité de nouvelles opportunités d’emplois dans le respect de l’environnement et de contribuer à l’élargissement de l’offre artisanale haïtienne. La vente de ces produits permettra d’améliorer les conditions de vie de la population de Ravine Sèche.

La démarche encouragera la recherche sur l’héritage taïno d’Haïti, permettra de divulguer de nouveaux savoirs, de faire la promotion de l’art taïno, d’augmenter les capacités productives et économiques de plus de 125 familles et de développer un nouveau site touristique dans la zone pour attirer les visiteurs de tous genres, grands et petits, écoliers et étudiants, nationaux et étrangers.

Avec la participation active de deux formateurs professionnels Sony Louis et Honchyse Joseph, près d’une trentaine de jeunes ont été initiés aux techniques de base pour la fabrication d’articles en poterie et en bijouterie, les derniers étant faits en grande partie de matériaux de récupération. Durant deux mois, des cours pratiques ont permis aux bénéficiaires de se doter de nouvelles capacités de développement en vue d’améliorer leur condition de vie. Coordonné par Jimmy Borgella, président-fondateur de VIE Jeunes, assisté de Gary Cassamajor (coordonnateur de terrain), cette phase d’expérimentation et d’initiation a démarré en octobre 2015.

Pour Marie-Claude Bayard, directrice exécutive de la FORF, la Fondation tient à s’investir dans le développement durable à partir de l’exploitation artisanale et touristique des richesses naturelles, historiques et culturelles présentes un peu partout dans le pays. Éventuellement à Bois-Neuf, la Fondation espère mettre en place un petit musée/centre d’interprétation taïno sur un carreau de terre reçu sous forme de don en hommage à la docteure Lucie Paultre de sa famille qui partage également la vision de la FORF. Madame Bayard espère arriver à obtenir l’implication d’autres acteurs et organisations susceptibles d’offrir à la population de Bois-Neuf les différents services dont elle a besoin pour son développement. « La phase suivante portera sur le renforcement des capacités de création, de production, de distribution et de vente avant d’entamer la construction du centre d’interprétation du village taïno », poursuit-elle dans ses réflexions.

Georges Voltis, un des participants au cours de poterie, affirme : « Je suis profondément ému de voir comment je vivais autrefois avec l’argile sans même savoir ce que c’était. Maintenant, je le sais et je l’utilise comme objet de transformation et de création de richesses pour assurer mon avenir. Je suis un artiste, et je pratique une forme d’art avec, dans mon environnement,  tous les éléments dont j’avais besoin pour développer mon talent d’artiste. Et grâce à ce projet, je peux faire des choses merveilleuses ».

Selon Mme Michaelle Saint-Natus, la pérennisation de l’action fait partie intégrante des activités du projet. « Nous pensons à placer les objets produits par nos artisans dans les étalages d’hôtels de la côte des Arcadins, à créer une association d’artisans de Ravine Sèche en vue de renforcer les capacités organisationnelles et productives d’associations artistiques et artisanales de la zone en général et à mettre des artisans de  Ravine Sèche en relation avec des producteurs dans d’autres localités ». Les pamphlets qui seront produits dans le cadre du projet, ajoute-t-elle, permettront aussi de reproduire ce même travail et d’implanter d’autres projets ailleurs.

Les bases sont désormais jetées. Il s’agit maintenant de consolider les actions, de développer les synergies avec d’autres partenaires pour exécuter les prochaines phases du projet. La population de Ravine Sèche mérite un accompagnement qui favorisera son essor en réduisant sa pauvreté. Ce projet est considéré comme un modèle qui à notre humble avis, devrait se dupliquer dans d’autres régions du pays.

Article de Aljany Narcius, Le National

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